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26

Mar

2011

Joseph, le graffeur qui « nettoie » les murs

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Joseph, le graffeur qui « nettoie » les mursIl a eu l’idée en regardant les volets des pavillons. « Quand ils restent ouverts longtemps, il y a une trace qui se forme autour », raconte Joseph Mendy. Originaire d’Etampes, ce grand garçon maigre a imaginé les graffs… propres! Il laisse des visages blancs sur les murs sales de Paris et dans toute l’Essonne. Ses dernières œuvres, il les a apposées cette semaine rue Jules-Alex-Geoffroy, à Corbeil-Essonnes, en face de la gare de Moulin-Galant.

Connu sous le pseudo de Method Graphic, ce graffeur de 35 ans n’a jamais touché une bombe de peinture de sa vie. « C’est l’environnement qui m’offre la matière », dit-il. Lui a commencé ses exploits avec une centrale vapeur. On colle un pochoir sur un mur noir de pollution et on nettoie ce qui n’est pas caché par le carton. Le résultat est bluffant : Gainsbourg ou Obama émergent en blanc sur noir, ou plutôt propre sur crasse. Une bonne éponge et de l’huile de coude font aussi l’affaire pour nettoyer les poubelles du métro ou les parois métalliques des ascenseurs. Là encore, Joseph parvient à créer des visages, ce qui laisse songeur sur la propreté de nos villes.

Ils sont très peu nombreux dans le monde à s’adonner à ce graff en négatif (ou reverse graffiti). L’Anglais Paul Curtis dessine d’imposants motifs floraux, le Brésilien Alexandre Orion préfère les crânes grimaçants. Joseph Mendy aime « faire ressurgir l’histoire ». Pour ses pochoirs, il utilise et agrandit des photos passées à la postérité, comme De Gaulle lançant l’Appel du 18 juin. Il graffe encore Mitterrand, la Joconde, et rêve d’un sur les murs du palais de Justice de Paris.

A Corbeil, cette semaine, Joseph a utilisé l’aérogommage. C’est l’entreprise SID, basée à Créteil (Val-de-Marne), qui lui a fourni l’outil au look de pistolet. L’engin projette de l’air et des grains d’almandite, une roche très dure. Ironie du sort, l’objet a été inventé initialement pour nettoyer les tags laissés à la bombe.

Une fois n’est pas coutume, Method Graphic opère ce jour-là sur commande. Il décore les alentours d’une boutique, le Blue Jam Store, qui doit ouvrir le 1er avril. Moitié magasin, moitié salle d’expo, le lieu est tenu par Christine Bois, fan de street art (art de rue). « J’essaie de faire connaître des talents, souffle-t-elle en montrant Joseph. Les street-artistes sont les plus mal lotis des artistes. On les pourchasse, on leur met des PV… »

Car « si dans la loi rien n’interdit de nettoyer un mur », selon Joseph, la maréchaussée n’aime pas toujours qu’on touche à la chaussée, même sale. Pour un Beethoven, Joseph a failli finir en garde à vue. Pour un Mitterrand, à la station Pyramides, l’artiste a écopé de 78 € d’amende et d’une convocation au tribunal. « C’était pour les quinze ans de sa mort », se justifie l’intéressé, qui s’excuse avec ironie « d’avoir fait une trace de propre ».

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