Vingt ans après sa mort, visite guidée dans son petit hôtel particulier de Saint-Germain-des-Prés.
Deux décennies après la disparition du chanteur, pas un jour où ne viennent s'ajouter un dessin, un vers, un tag sur la façade du 5 bis, rue de Verneuil. Derrière ce qu'on appelle, désormais, "le mur Gainsbourg" se cache son univers secret. C'est son père, Joseph Ginsburg, qui avait découvert ce qui était encore, en 1968, une boutique. Serge s'y rendra, la première fois, avec Brigitte Bardot, qui a convaincu sans mal, on l'imagine, l'agent immobilier.
Pour accéder à sa tanière, il suffit de pousser la grille avec ses flèches néoclassiques, puis la lourde porte sur laquelle une plaque de laiton (offerte par Jacques Dutronc) prévient : No smoking. Dans ce décorum, créé de toutes pièces par lui et par la décoratrice anglaise Andrée Higgins, on retrouve l'homme et l'artiste. Tout entier. En vingt ans, rien n'a bougé. À un point tel qu'on imagine Serge surgir dans la pièce, à tout instant, et jouer quelques accords de La Javanaise sur un des trois pianos électriques ou s'installer sur sa banquette vénitienne, située près de l'entrée. Manquent juste les volutes de Gitanes, ces cigarettes qui furent, comme il aimait le répéter, citant Humphrey Bogart, les clous de son cercueil. Aucun autre lieu ne peut mieux le définir. C'est Charlotte, sa fille, propriétaire du petit hôtel particulier, qui a décidé de laisser tel quel ce qui peut apparaître comme un mausolée. Et, certes, le noir domine : murs tendus de tissu, noir, plafond, noir, dallage vénitien. Tout, ici, accentue l'aspect d'un luxueux catafalque. Rien de mortuaire pour autant, non, plutôt un écrin d'une sophistication extrême, où chaque oeuvre, chaque objet est éclairé, avec soin, d'un trait de lumière. L'ensemble est organisé comme un musée à la gloire de l'esthète. Et, si Charlotte a songé à ouvrir les portes au public, elle s'est résolue à abandonner le projet.
Lire la suite sur http://www.lepoint.fr/ Auteur Franck Maubert
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